Dans quel contexte les Allemands fêtèrent-ils l’arrivée de l’année 1945 ? Retour sur un réveillon  où la gueule de bois était assurée.

 

Situation militaire du Troisième Reich fin 1944 :

A la fin de l’année 1944 l’Etat-Major allemand n’est plus dupe : la guerre dans son état actuel ressemble plus à un baroud d’honneur qu’à une simple mauvaise passe. Les ressources, en carburant notamment, sont dans un état critique tandis que les pertes militaires se comptent en milliers chaque jour.

Selon le site Feldgrau.com 269 000 soldats allemands périrent entre juin et novembre 1944. A titre de comparaison : ces 6 mois de 1944 causèrent autant de morts dans l’Armée du Reich que les deux premières années du conflit réunies (Septembre 1939 – Octobre 1941).

soldats allemands tués et disparus en 1944
KIA= Killed in Action (tués), MIA = Missed in Action (disparus). Le chiffre de 269 000 ne représente ainsi que ceux dont la mort a pu être confirmée.

Aux frontières de l’Ouest et du Sud :

Depuis le début de l’année 1944, les Alliés sont parvenus à débarquer en Normandie et en Provence tout en atteignant les portes de l’Italie du Nord. L’ultime offensive allemande dans les Ardennes ne prend clairement pas la même tournure que la bataille de France de 1940. Aussi, l’Armée allemande épuise-t-elle de bonnes troupes ainsi qu’une grande quantité de carburant pour un assaut finalement inefficace.

carte map situation de la guerre en Europe le 31 décembre 1944 fronts est et ouest réveillon Berlin

A l’Est :

L’Armée rouge sacrifie ses soldats par dizaines de milliers pour s’emparer le plus vite possible de Berlin. En décembre 1944, les pays baltes sont reconquis, de même que Budapest en Hongrie. Le front s’étend sur plus de 2000 kilomètres et Berlin est à moins de 600 kilomètres des chars russes.

front de l'Est seconde guerre mondiale entre 1er août 1943 et 31 décembre 1944 map carte

L’état d’esprit des dirigeants nazis à la veille de l’année 1945 :

L’état d’esprit des dirigeants nazis varie profondément d’une personne à l’autre. Pour reprendre l’explication de l’historien britannique Ian Kershaw dans son livre La fin, Allemagne 1944-1945 :

« Les stratégies de survie variaient bien qu’elle incluaient généralement une part de refus de la réalité »

Georing fait partie des plus réalistes sur l’issue du conflit. Il passe le plus clair de son temps dans sa résidence de campagne à Carinhall à 65 kilomètres au nord de Berlin. Il festoie beaucoup comme si de rien n’était. Il s’agit surement de profiter autant que possible du luxe relatif à son rang avant la chute finale.

Ribbentrop le diplomate maintient son discours réconfortant à l’ambassadeur japonais de Berlin Oshima Hiroshi. En substance il lui indique que l’offensive des Ardennes était un succès et que l’Armée allemande reprenait l’initiative sur l’ensemble des fronts. Il a encore bon espoir de négocier une paix favorable avec les Alliés si la Wehrmacht est en mesure de tenir encore quelques mois. Il est rejoint en cela par Goebbels, le ministre de la propagande, lequel estime que l’offensive des Ardennes sera en mesure de maintenir les Alliés hors du sol allemand pour longtemps.

photographie d'une discussion entre ambassadeur japonais Hiroshi Oshima , Joachim von Ribbentrop et Adolf Hitler
Photographie datant de 1940. De gauche à droite Ribbentrop , Ōshima, Hitler et son interprète.

Du côté de Robert Ley, le directeur du Front allemand du travail depuis Avril 1933, c’est l’alcool qui occupe la majeure partie de ses journées. Quand il est sobre il tient le même discours qu’Hitler  : si les Alliés doivent prendre Berlin ce sera au prix d’un apocalypse total.

Hitler justement se plaint comme à son habitude de l’incompétence de ses généraux sans jamais remettre en question ses décisions stratégiques. Conscient que la défaite approche, son rôle lui interdit un désespoir public pour, au contraire, promettre un retournement prochain de situation.

 

La vie des Berlinois durant le réveillon : du sang, du labeur, des larmes et de la sueur

 

L’expression de Churchill pour qualifier la vie des Britanniques à l’aube de la bataille d’Angleterre fonctionne aussi pour les habitants de la Capitale du Reich. L’étude des journaux intimes de Berlinois de l’époque permet de brosser un tableau éloquent de leurs sentiments à la veille de la nouvelle année.

La majorité des écrits concernent les bombardements récents par l’aviation alliée. La ville dispose de nombreuses défenses AA (Anti-Aériennes) telle la tour Flak dans le Zoo de la ville,. Cependant, ces dernières ne suffisent pas à stopper les centaines de bombardiers déversant leurs bombes plusieurs fois par mois.

Plus d’un millions d’habitants se retrouvent sans foyer lors du réveillon tandis que la ville est en proie à des gangs de pillards de plus en plus jeunes. De manière assez cynique les Berlinois renomment certaines parties de la ville suite aux bombardements.  Ainsi le quartier Lichterfelde dans le sud ouest de la ville est appelé « Trichterfelde » (littéralement le champ de cratères). De même Steglitz devient « Stehtnix » qu’on peut traduire par « rien ne tient debout ».

Pour parfaire ce sombre tableau on peut ajouter que les Théâtres sont fermés quand ils ne sont pas tout simplement détruits. Enfin, les bars ne peuvent pas fonctionner à cause des pénuries d’alcools. De fait, le marché noir bat son plein. Voici quelques citations tirées des journaux intimes d’Allemands vivant alors à Berlin.

Lisez aussi  Les kits de survie des pilotes américains de la seconde guerre mondiale

Ursula von Kardorff, journaliste officielle du ministère de la propagande :

« Les raids aériens nous servent d’allumettes pour le Réveillon. Toutes les fenètres sont cassées. […] A minuit, un moment de silence. Nous restions debout avec nos verres dans la main et personne n’osait porter un toast. De loin, nous entendions les sirènes et des coups de feu. »

Walter Militz, un ouvrier travaillant dans l’une des usines Siemens de Berlin encore debout :

« Tout le monde  souhaitait en savoir plus sur la situation au niveau des airs. Les Nazis dans l’usine deviennent de plus en plus silencieux. On espère tous que ce sera bientôt fini. »

Militz décrit aussi comment l’entreprise essaye autant que possible de redonner du baume au cœur aux ouvriers en cette période de « fêtes ». Ainsi, début janvier, chaque ouvrier reçoit un sandwich avec une ration supplémentaire de 30 grammes de margarine et une tranche de viande. Ce premier sandwich de l’année 1945 sera ironiquement surnommé « Fliegerstullen » qu’on pourrait traduire grossièrement par « le sandwich du pilote » !

Lilo G. , une lycéenne berlinoise :

« Je ne pourrai jamais me marier. Tous les hommes sont morts sur le champs de bataille ! »

La jeune Berlinoise indique en outre que son frère, qui était venu lui rendre visite à noël, doit se rendre sur le front de l’est pour tenter de repousser l’Armée Rouge. Si on ignore l’âge de son frère on sait cependant qu’à cette période de l’année la conscription touchait l’ensemble des hommes allemands de 16 à 60 ans.

Arthur H., un professeur en école élémentaire qui garde encore espoir :

« Réveillon de la Saint-Sylvestre. Nous attendons le grand discours du Führer. […] Après avoir entendu le discours nous sommes allés nous coucher avec le désir ardent que tous nos souhaits deviennent réalité en 1945. »

 

Conclusion :

D’un côté des réalistes qui comprennent que leur fin est proche et qui décident de profiter des derniers instants. D’autres semblent ignorer la réalité ou bien sont trop dignes pour abandonner (l’honneur prussien).

Au milieu de cela, le peuple allemand souffre et leurs peines ne sont pas terminées. En effet, le 12 janvier 1945 l’Armée rouge lance sa grande offensive sur le front de l’est et parvient à percer les défenses allemandes. Le rouleau compresseur soviétique parviendra à Berlin moins de 5 mois après.

Soldat soviétique levn le drapeau de l URSSS au dessus du Reichstag à Berlin en 1945

A propos de cette anecdote :

Cliquez sur ce lien pour lire le post qui m’a servi à écrire cette anecdote historique. Pour mieux comprendre ce choix cliquez ici.

 

Bibliographie :

 

 

Erwan Colson

Etudiant en double diplôme entre Sciences po Toulouse et Toulouse business school. Passionné d'histoire et de nouvelles technologies. Rédacteur pour le blog toiledefond.net

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.