Un des fantasmes indétrônables des films hollywoodiens à propos du théâtre pacifique de la seconde guerre mondiale concerne la nature des fameux kamikazes japonais. D’après les films, et de nombreux manuels d’Histoire trop peu précis, ces soldats opérant des attaques suicides contre les navires alliés, le feraient tous par pur fanatisme envers l’Empereur du soleil levant, Shōwa (ou Hirohito en Occident). Nous allons voir que la réalité est bien plus complexe que cela.

Empereur Hirohito portrait photographie noir et blanc
Shōwa Tennō (nom de règne de l’empereur à sa mort)

Les kamikazes japonais : fruit du désespoir de l’Etat major

Pour mieux comprendre le choix de l’Etat-major japonais concernant l’utilisation d’attaques suicides, il est pertinent de rappeler le contexte historique de cette décision. En 1944, année des premières attaques kamikazes, la Guerre du Pacifique bat son plein et l’avancée américaine est inéluctable.

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Si en 1941 lors de l’attaque de Pearl Harbor, les Japonais possèdent une flotte et une aviation militaire parmi les plus puissantes au monde, le pays n’a clairement pas les capacités industrielles ni les ressources nécessaires au remplacement des pertes matérielles. Ainsi, l’US Navy et l’US Air Force prennent vite l’ascendant en termes de qualité comme de quantité.  En outre, les batailles de la mer des Philippines en juin 1944 et celle du Golfe de Leyte en Octobre de la même année furent catastrophiques pour l’Empire du Japon. Les 2/3 des forces aériennes en présence sont perdues. Les rapports de la Marine impériale ne sont guère meilleurs.

Les as sont morts, que faire des bleus ?

Aux pertes matérielles s’ajoutent les pertes humaines : des centaines d’excellents pilotes entraînés depuis le début de la guerre contre la Chine en 1937 sont morts, portés disparus ou faits prisonniers par l’ennemi. La plupart des as étant morts, les pilotes restant manquent clairement d’expérience face aux aviateurs américains. Ainsi les dogfights conduisent à encore plus de pertes humaines et matérielles pour un résultat minime. L’option des attaques suicides grâce à un avion chargé d’explosif paraît alors être la meilleure (sinon la dernière) solution pour combattre un ennemi infiniment plus puissant.

C’est face à ce constat désespéré que l’Etat-major japonais décide de recourir aux Kamikazes pour espérer ralentir la progression américaine le plus longtemps possible. Chaque prise d’île doit ainsi devenir un cauchemar pour l’ennemi. Sur terre comme sur mer, aucun répit ne saurait être toléré. C’est d’ailleurs de-là que provient le nom de « kamikaze » que l’on peut traduire par « vents divins ». Par deux fois dans son histoire le Japon est parvenu à repousser l’envahisseur grâce à un typhon qu’ils penseront être l’expression matérielle des dieux pour défendre leur patrie. Les pilotes kamikazes devant eux aussi empêcher l’invasion de l’ennemi sur la terre des ancêtres, ce nom apparaît comme un honneur pour les pilotes désignés.

La condition peu honorable des pilotes kamikazes

 

Comme nous l’évoquions précédemment, l’Etat-major japonais connait un important déficit de bons pilotes en 1944. Les éléments médiocres sont donc désignés pour les attaques suicides. Quant à savoir si les désignés acceptent leur sort sans broncher, il faut noter l’incroyable force de la pression sociale opérant au sein de la société japonaise. En effet, si individuellement personne ne souhaitait mourir avec certitude lors de la prochaine attaque aérienne, collectivement, les désignés acceptaient la tâche de peur de décevoir leurs pairs. La peur d’être tenu responsable d’un échec national aurait probablement entaché l’honneur de la famille du soldat. Cette notion d’honneur ne doit cependant pas être sur-interprétée. Le fatalisme ne faisait pas des pilotes désignés des samouraïs du XXème siècle.

kamikaze japonais sur fond de drapeau japonais

 

Le saké d’adieu

Avant le départ, les officiers n’hésitaient pas à faire boire les pilotes. Encore une fois, la réalité est assez éloignée du fantasme de pilotes suivant le code du bushido (le code d’honneur des samouraïs). Le fameux « saké d’adieu » n’a rien à voir avec le saké traditionnel réalisé uniquement par la fermentation du riz. En effet, avec les pénuries en matières premières, les manufactures sont contraintes de produire du saké en ajoutant directement de l’alcool. L’ironie de cette anecdote issue des pénuries de riz au Japon est qu’aujourd’hui encore, deux variantes du saké sont vendues dans le monde. Prenez donc garde dans un restaurant « japonais » quand vous commandez un verre du célèbre alcool de riz, la boisson traditionnelle est plus rare mais aussi bien plus chère. Du coup, l’alcool servi aux kamikazes japonais n’avait rien d’honorable. Cette parodie d’un rituel de samouraïs avait surtout pour objectif de détendre les pilotes et de réduire les chances d’une prise de conscience de dernière minute.

Dernier point qu’il me parait nécessaire de démystifier : les kamikazes japonais ne criaient pas « Banzaï » ! 

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Certains ont surement dû rendre hommage une dernière fois à l’Empereur pour se donner du courage. Cependant, comme l’explique Shigemitsu Saito (pilote opérant notamment en Guinée et à Guadalcanal), la grande majorité des pilotes d’alors pensaient bien plus à leur famille pendant leur mission qu’à un homme qu’ils n’avaient finalement jamais vu. Cette représentation teintée d’héroïsme et de tragique est issue des journaux de propagande de l’époque et sera reprise plus tard au cinéma pour appuyer l’intensité des scènes de « sacrifice pour la patrie ».

Lisez aussi  31 décembre 1944, le dernier réveillon du Troisième Reich

 

Conclusion

Comme on a pu le voir, la réalité concernant les kamikazes japonais est bien plus contrastée que celle que la propagande où les films hollywoodiens ont pu diffuser. Nées du désespoir de l’Etat-major japonais face à un ennemi qui le surpasse en tout point, les attaques kamikazes représentaient une solution de la dernière chance, un baroud d’honneur d’un Japon impérial sur le point de perdre la guerre.

Cette résilience japonaise va d’ailleurs profondément effrayer l’Etat-major américain. En effet, la prise d’une petite île comme celle d’Iwo-Jima (21 km², soit deux fois la superficie du Bois de Vincennes à titre de comparaison) pris plus d’un mois et coûta la vie à 6800 soldats américains. Cette capacité à se battre jusqu’à la mort en toute circonstance fut vécu comme un véritable traumatisme par les Américains et la perspective d’une invasion des îles principales du pays les terrifiait. C’est en partie pour cette raison que le président Truman chercha par tous les moyens à mettre fin à la guerre du Pacifique. Cette solution, elle aussi ultime, porta les noms de Little Boy et de Fat Man.

Enfin, nous avons vu que les attaques suicides des kamikazes japonais, issues d’un mélange de fierté nationale, de haine des envahisseurs américains mais aussi de pression par les pairs a souvent été romancé dans les films hollywoodiens comme un reliquat du Japon féodal et du bushido. La réalité historique est donc, comme souvent, bien moins reluisante et épique que leurs représentations cinématographiques.

Pensez donc toujours à adopter un regard critique quand vous regardez un film ou une série fondée sur des faits historiques 😉

 

Sources de l’anecdote :

Cliquez sur ce lien pour lire le post qui m’a servi à écrire cette anecdote historique. Pour mieux comprendre ce choix cliquez ici.

Bibliographie :

 

Erwan Colson

Etudiant en double diplôme entre Sciences po Toulouse et Toulouse business school. Passionné d'histoire et de nouvelles technologies. Rédacteur pour le blog toiledefond.net

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